Parcs nationaux en République dominicaine : une biodiversité à l’échelle d’un continent

La République dominicaine offre des paysages d’une variété presque déroutante. Il suffit de la traverser en voiture pour en prendre la mesure. Le centre de l’île, baigné par une végétation luxuriante, est parcouru par la cordillère Centrale, un massif montagneux dont l’altitude moyenne n’a rien à envier à celle des Alpes européennes.
Le Pico Duarte, point culminant des Caraïbes, s’élève à 3 087 mètres. D’autres sommets frôlent eux aussi les nuages : la Pelona (3 076 m), la Loma Rucilla (3 029 m) ou encore le pic del Yaque (2 955 m). En hiver, les températures peuvent y chuter brutalement ; il y gèle régulièrement et des chutes de neige ont déjà été observées — un fait rare, mais documenté.
À l’extrême opposé, la République dominicaine abrite également le point le plus bas des Caraïbes : le lac salé Enriquillo, situé à environ 45 mètres en dessous du niveau de la mer, dans une dépression aride aux allures quasi lunaires.

Une politique de protection ancienne et structurante
La nature dominicaine constitue un véritable joyau. Le pays a fait le choix, relativement tôt dans la région, de protéger une part significative de son territoire. Aujourd’hui, seize sites majeurs sont classés en parcs nationaux ou réserves naturelles. Ensemble, ils couvrent environ un dixième de la surface du pays.
Ces espaces protégés ne sont pas de simples zones sanctuarisées : ils structurent l’identité écologique du pays, irriguent le tourisme intérieur et constituent un levier croissant pour un écotourisme encadré, encore discret mais en développement.

Le parc national de Los Haitises : grottes, mangroves et mémoire taïno
Parmi ces territoires d’exception, le parc national de Los Haitises, situé au nord-est du pays et jouxtant la péninsule de Samaná, occupe une place à part. Avec ses formations karstiques spectaculaires, ses pains de sucre couverts de forêt et ses vastes mangroves, il offre l’un des paysages les plus singuliers de la République dominicaine.
Dans le secret de ses grottes calcaires, les Indiens Taïnos ont laissé de remarquables dessins rupestres : silhouettes humaines, figures animales, symboles rituels. Ces témoignages silencieux rappellent l’existence d’une civilisation aujourd’hui disparue, décimée après l’arrivée des premiers Européens à la fin du XVe siècle.
Accessible principalement par bateau, Los Haitises est aujourd’hui strictement réglementé afin de préserver ses écosystèmes fragiles, notamment les zones de nidification d’oiseaux marins.

Jaragua et Bahoruco : le Sud-Ouest sauvage
À l’extrême sud-ouest du pays, le parc national de Jaragua, le plus vaste du pays avec environ 1 370 km², contraste radicalement avec l’image tropicale souvent associée à la République dominicaine. Ici dominent les paysages semi-désertiques, les lagunes salées, les plages isolées et les îlots battus par les vents.
Jaragua est un sanctuaire pour les iguanes rhinocéros, les flamants roses et de nombreuses espèces marines protégées. À proximité, la Sierra de Bahoruco déploie un tout autre décor : forêts de pins d’altitude, brouillards persistants, cascades et reliefs abrupts. Ces deux parcs forment un ensemble écologique complémentaire et encore peu fréquenté par le tourisme de masse.

Armando Bermúdez et José del Carmen Ramírez : le cœur montagneux de l’île
Les parcs nationaux Armando Bermúdez et José del Carmen Ramírez, situés au centre du pays, protègent la cordillère Centrale et ses hauts plateaux. Ce sont eux qui donnent accès aux itinéraires menant au Pico Duarte.
Ces espaces sont marqués par une biodiversité montagnarde rare dans les Caraïbes : forêts de pins créoles, rivières froides, vallées cultivées depuis des générations. La randonnée y est possible, mais encadrée, et nécessite une logistique spécifique, souvent avec guides locaux.

Montecristi et le parc national de l’Est : entre désert et Caraïbe
Au nord-ouest, le parc national de Montecristi surprend par ses paysages arides, ses formations rocheuses spectaculaires et son littoral battu par les vents. La célèbre montagne El Morro y domine un environnement presque désertique, très différent des cartes postales balnéaires.
À l’est du pays, le Parque Nacional del Este — aujourd’hui intégré au Parc national Cotubanamá — protège une mosaïque d’écosystèmes côtiers : plages vierges, récifs coralliens, forêts sèches et grottes ornées de vestiges taïnos. Il inclut notamment les îles de Saona et de Catalina, soumises à des règles de protection renforcées.

Faune endémique : des espèces discrètes mais emblématiques
Parmi les espèces endémiques de République dominicaine figure le solénodonte, un petit mammifère nocturne au museau allongé, survivant discret d’une lignée très ancienne. À l’intérieur des terres, on rencontre également le plus petit boa constrictor du monde, dont la taille dépasse rarement un mètre cinquante, ainsi qu’une grande diversité d’iguanes.
L’avifaune est particulièrement riche : pélicans, frégates, colibris et surtout la cotora, un perroquet vert vif et bruyant devenu symbole national. De nombreuses espèces sont aujourd’hui protégées, même si certaines restent menacées par la fragmentation des habitats.

Environnement et écotourisme : une prise de conscience progressive
La végétation dominicaine est globalement luxuriante, et le contraste est saisissant lorsque l’on survole l’île d’Hispaniola. La frontière avec Haïti reste nettement visible, marquée par une déforestation plus avancée et une sécheresse accrue.
Cette réalité a nourri, côté dominicain, une prise de conscience environnementale progressive. Les autorités, les ONG locales et certaines communautés rurales accordent désormais une attention particulière à la préservation du patrimoine naturel. La Feria Ecoturística, organisée chaque année, témoigne de cette volonté de promouvoir un tourisme plus respectueux des équilibres naturels, même si les défis restent nombreux.
