La Romana en République dominicaine

À plus de 100 kilomètres à l’est de la capitale Santo Domingo, La Romana occupe une position singulière dans le paysage dominicain. Dotée de son propre aéroport international, la ville est depuis longtemps une porte d’entrée pour les voyageurs, attirés par les plages de la région et les grands complexes touristiques environnants.
Avec plus de 170 000 habitants, La Romana est aujourd’hui la troisième ville du pays. Elle conserve pourtant une dimension humaine, perceptible dans le rythme de ses rues, dans la relative nonchalance qui s’installe dès que l’on s’éloigne des grands axes, et dans le cœur plus ancien de la ville, où subsistent quelques traces de son passé colonial.
La Romana n’est pas une destination spectaculaire au premier regard. Elle se découvre plutôt par touches successives, à la croisée de plusieurs mondes : celui du port et de l’industrie, celui du tourisme international, et celui d’une vie locale bien réelle, souvent ignorée des voyageurs pressés.

Une ville façonnée par le sucre et le port
L’histoire moderne de La Romana est indissociable de l’industrie sucrière. Longtemps structurée autour des plantations et des raffineries, la ville s’est développée au rythme des échanges maritimes, devenant un port majeur de la côte sud-est. Cette dimension industrielle reste visible aujourd’hui, notamment dans les zones portuaires et les quartiers périphériques.
Avec l’essor du tourisme dans la région, La Romana a vu son rôle évoluer. Sans jamais devenir une station balnéaire à proprement parler, elle s’est imposée comme un centre logistique et urbain, reliant les enclaves touristiques aux infrastructures du pays. Cette double identité explique en grande partie le contraste parfois déroutant que ressentent les visiteurs.

Qui vit à La Romana ?
La Romana est avant tout une ville habitée. Cette évidence, souvent éclipsée par la proximité des stations balnéaires, structure pourtant toute son identité. Ici, la majorité de la population ne vit ni du tourisme direct ni des excursions, mais d’activités liées au port, à l’industrie, aux services et au commerce local.
La ville s’est construite autour du travail. Celui des ouvriers du sucre autrefois, celui des dockers, des employés logistiques, des petits entrepreneurs et des fonctionnaires aujourd’hui. Cette réalité imprime un rythme particulier à La Romana, plus proche de celui d’une ville moyenne que d’une destination touristique.
Dans les quartiers résidentiels, la vie s’organise à l’échelle du quotidien. On y croise des familles installées de longue date, des travailleurs qui font l’aller-retour vers les zones portuaires ou les complexes touristiques voisins, et une jeunesse pour qui La Romana est moins une étape qu’un point d’ancrage.
Ce tissu social, discret mais dense, explique en partie le décalage parfois ressenti par les visiteurs. La Romana ne cherche pas à se mettre en scène. Elle ne s’adresse pas prioritairement aux voyageurs, mais à ceux qui y vivent, travaillent et s’y projettent. Pour qui prend le temps de l’observer, c’est précisément là que réside son intérêt.

La Romana vue par les voyageurs
La Romana laisse rarement indifférent. Pour certains voyageurs, la ville déçoit d’emblée. Elle ne correspond pas à l’image balnéaire attendue, ne propose pas de centre historique spectaculaire, ni de promenade évidente au premier regard. Ceux qui y arrivent avec l’idée d’une station touristique repartent souvent avec un sentiment d’incompréhension.
D’autres, au contraire, y trouvent un intérêt inattendu. La Romana offre un contact plus direct avec le pays, sans mise en scène. Le voyageur n’y est pas au centre, et cette position périphérique oblige à regarder autrement : les déplacements, les échanges, les habitudes du quotidien.
Ce décalage explique en grande partie les avis contrastés. La Romana ne se donne pas immédiatement. Elle demande un ajustement du regard, une acceptation de ce qu’elle est — une ville fonctionnelle, habitée, traversée par des flux — plutôt qu’une promesse touristique à tenir. Pour ceux qui l’acceptent comme telle, elle devient un point d’observation précieux sur la région.

La Romana et ses voisins touristiques
La Romana vit à l’ombre — ou au contact — de destinations bien plus médiatisées. À quelques kilomètres seulement se trouve Bayahibe, station balnéaire populaire tournée vers la mer et les excursions. Plus au large, l’île Saona attire chaque jour des milliers de visiteurs. À l’opposé, Casa de Campo incarne une vision ultra-exclusive du tourisme, avec ses villas, ses golfs et ses résidences privées fréquentées par une clientèle fortunée, souvent nord-américaine.
À cela s’ajoute Altos de Chavón, reconstitution d’un village d’inspiration méditerranéenne, posé au-dessus du fleuve Chavón. Conçu dans les années 1970, le site intrigue autant qu’il divise : décor spectaculaire pour certains, curiosité artificielle pour d’autres. Quoi qu’il en soit, il fait désormais partie intégrante du paysage touristique local.
La Romana, elle, reste en retrait de ces mises en scène. Elle sert de lien, de point d’appui, parfois de simple étape.

La Romana, port d’escale pour les croisières
La Romana accueille également des navires de croisière, qui font escale dans son port à intervalles réguliers. Ces arrivées ponctuelles transforment temporairement certaines zones de la ville, sans pour autant en modifier durablement le fonctionnement.
Les passagers en escale se dirigent le plus souvent vers des excursions organisées — plages, sites culturels ou complexes touristiques environnants — et passent peu de temps dans la ville elle-même. Pour le voyageur indépendant, ces journées se perçoivent surtout par une animation accrue autour du port et des axes principaux.
Cette activité souligne une fois de plus le rôle de La Romana comme point de transit plus que comme destination finale. Elle illustre aussi le contraste entre un tourisme très encadré, éphémère, et la vie quotidienne d’une ville qui, une fois les navires repartis, reprend son rythme habituel.

Comment se rendre à La Romana
La Romana dispose de son propre aéroport international, ce qui en fait l’un des accès les plus directs vers la région sud-est du pays. Des vols réguliers la relient à l’Amérique du Nord et, plus ponctuellement, à l’Europe.
Depuis Santo Domingo, la ville est accessible par la route en environ deux heures, selon le trafic. Les liaisons sont fluides, et La Romana se trouve sur un axe stratégique reliant la capitale aux zones touristiques de l’est. Cette accessibilité explique pourquoi de nombreux voyageurs y transitent, parfois sans réellement s’y arrêter.

Que voir et que faire à La Romana ?
La Romana ne se visite pas comme une ville-musée. Elle se parcourt plutôt comme un espace vivant, où l’intérêt réside autant dans l’observation du quotidien que dans quelques sites identifiés.
Le centre-ville permet de saisir le rythme local, entre marchés, places ombragées et cafés modestes. Le port, quant à lui, rappelle l’importance économique de la ville et son ouverture vers l’extérieur.
Les principales attractions se situent cependant à proximité immédiate. Altos de Chavón constitue une visite à part, tout comme les excursions vers l’île Saona ou les plages de Bayahibe. La Romana sert alors de base, plus que de finalité.

Quand visiter La Romana ?
La Romana bénéficie d’un climat chaud et relativement stable tout au long de l’année. Les variations se perçoivent davantage dans l’humidité et la fréquentation que dans les températures elles-mêmes.
En semaine, la ville conserve un rythme régulier, essentiellement tourné vers la vie locale. Les périodes de vacances et les arrivées de croisières apportent un afflux ponctuel de visiteurs, surtout dans les zones périphériques et les sites touristiques voisins. Ceux qui souhaitent appréhender La Romana dans une atmosphère plus calme privilégieront les périodes hors pics touristiques, lorsque la ville retrouve son tempo habituel.
La Romana ou Bayahibe ? Deux expériences différentes
La proximité géographique entre La Romana et Bayahibe conduit souvent à les associer, voire à les confondre. Pourtant, les deux lieux offrent des expériences profondément différentes, qui répondent à des attentes distinctes.
Bayahibe s’adresse avant tout à ceux qui viennent chercher la mer, les plages et une forme de simplicité balnéaire. Le village vit largement au rythme du tourisme, des excursions et des séjours courts. Tout y est pensé pour le visiteur, dans un cadre resserré et immédiatement lisible.
La Romana, à l’inverse, n’est pas tournée vers la séduction. Elle fonctionne comme une ville à part entière, avec ses zones d’activité, ses quartiers résidentiels, ses flux quotidiens. Le voyageur n’y est pas au centre du dispositif, mais invité à observer un fonctionnement urbain réel, parfois déroutant, souvent instructif.
Choisir Bayahibe, c’est faire le choix d’un séjour orienté vers la détente et la mer. Passer par La Romana, c’est accepter une lecture plus large de la région, comprendre ce qui se joue en arrière-plan du paysage touristique. Les deux approches ne s’opposent pas : elles se complètent. L’une offre l’évidence, l’autre le contexte.
Bons plans et pièges à éviter
La Romana gagne à être abordée sans attentes excessives. Ce n’est ni une carte postale ni une enclave balnéaire. S’y arrêter avec l’idée d’y trouver des plages urbaines ou une animation touristique constante conduit souvent à la déception.
À l’inverse, prendre le temps d’y passer une nuit ou deux permet de mieux comprendre la région, de profiter de l’accessibilité des sites alentours et d’observer une facette plus authentique de la République dominicaine. Comme dans toute ville portuaire, certaines zones sont peu adaptées à la flânerie nocturne, et il convient de faire preuve de la prudence ordinaire.
La Romana, une ville de transition
La Romana ne cherche pas à séduire frontalement. Elle n’en a ni l’ambition ni le besoin. Son intérêt réside ailleurs : dans sa fonction de carrefour, dans son rôle de lien entre mer, industrie et tourisme, dans sa capacité à donner un aperçu plus nuancé du pays.
Pour le voyageur attentif, La Romana raconte l’envers du décor balnéaire. Elle rappelle que derrière les plages de sable clair et les excursions en mer se déploie une réalité urbaine, faite de travail, de circulation et de vie quotidienne. Une étape discrète, mais éclairante, dans la compréhension de la République dominicaine.